Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le blog de cgt-fapt-37.

Le blog de cgt-fapt-37.

Le blog d'infos de la CGT FAPT 37


La Poste : une prime pour un ex-cadre suicidé, mais toujours pas de procédure judiciaire

Publié par loulou sur 6 Avril 2015, 19:49pm

Catégories : #Articles de presse

La Poste : une prime pour un ex-cadre suicidé, mais toujours pas de procédure judiciaire

À la mi-mai, chaque contribuable devra adresser sa déclaration de revenus 2014 et, comme chaque année, des entreprises envoient à leurs salariés le montant qu’ils devront déclarer au fisc. Y compris, parfois, à ceux qui sont… décédés. C’est ce qui s’est produit à La Poste. Nicolas Choffel a été destinataire fin mars d’une « déclaration fiscale individuelle concernant l’année 2014 ». Mais ce cadre supérieur, qui travaillait au siège de cette entreprise, victime d’un burn-out – un acte reconnu comme accident du travail – avait mis fin à ses jours le… 25 février 2013.

Lire aussi : Le burn-out reste mal défini, mal quantifié

C’est donc sa veuve, Ilma Choffel de Witte, qui a ouvert ce courrier, dans lequel on peut lire : « Nombre d’heures rémunérées : 0 ; traitement et salaires : 0 ; avantage en nature : 0 ; prime d’intéressement : 25 euros », qui sera donc le « net imposable ». Un choc, pour Mme Choffel, qui a préféré transformer sa blessure en ironie, dans un courrier adressé le 23 mars à Philippe Wahl, le PDG.

« Ce matin, écrit-elle, je fus agréablement surprise par votre courrier (…). Effectivement, des rumeurs me sont parvenues comme quoi il y a un grand effort d’une stratégie managériale plus humaine à La Poste. Votre décision de donner une prime d’intéressement à hauteur de 25 euros pour mon mari Nicolas Choffel m’a beaucoup touchée. D’autant que durant l’année 2014, il était jour et nuit proche de son lieu de travail – en fait il est enterré au cimetière de Montparnasse – mais comme vous pouvez l’imaginer, il est incapable de bouger suite à son accident du travail donc ce n’est pas un employé très productif. Je vous félicite pour ce bel effort d’humanité de générosité. »

« Edition automatique »

Mais, au-delà de ce geste cruel, Mme Choffel, qui a engagé une action pour faute inexcusable de l’employeur devant le tribunal des affaires de sécurité sociale (TASS), rappelle surtout à M. Wahl que, « depuis le 16 décembre 2014, date limite fixée par le TASS », l’avocat de La Poste « n’a non seulement pas déposé ses conclusions », mais qu’« il a également, au bout de trois mois [de retard] annoncé verbalement que ni ma fille, ni moi-même ne recevrions des conclusions avant au moins deux mois. »

Mme Choffel se demande en l’occurrence si « ce cabinet ne ferait pas obstacle à la progression normale de la procédure ». Elle en vient à se demander si La Poste n’attend pas tout simplement « la fin de l’enquête judiciaire en espérant que le dossier soit classé sans suite après deux ans d’investigation. » À ses yeux, ce retard démontre l’attitude « inhumaine » de La Poste « envers les vivants, en particulier envers ma fille et moi-même », souligne la veuve dans sa lettre.

« Le TASS nous a fait savoir que la date d’audience sera fixée quand il aura reçu les conclusions de la partie adverse, indique Jean-Paul Teissonnière, l’avocat de Mme Choffel. C’est un peu curieux. »

M. Wahl n’a pas encore répondu à Mme Choffel. Il a préféré répondre à l’AFP, dans une dépêche du 1er avril, dans laquelle il lui présente ses « excuses », précisant qu’il s’agit « de l’édition automatique d’un document fiscal ». Sollicitée, la direction de La Poste ne nous a pas répondu.

M. Wahl n’avait déjà pas répondu à une lettre de Mme Choffel, envoyée le 22 janvier 2014, dans laquelle elle disait espérer, avec sa fille, « un premier geste de bonne volonté de sortir du déni sur l’existence du burn-out au sein de la Poste », à travers la reconnaissance de « la faute inexcusable de l’entreprise ayant abouti » au suicide de son mari.

Elle proposait aussi à La Poste de se joindre à son combat contre le burn-out, « pourquoi pas par le parrainage d’une association consacrée aux victimes du burn-out ».

Lire aussi : Ilma Choffel se bat pour une prise en charge du burn-out

« J’ai été très naïve à l’époque de croire que, pour ce nouveau PDG, ce serait une priorité de lutter contre ce phénomène de suicides en série », constate Ilma Choffel aujourd’hui.

Enquête préliminaire toujours en cours

Quant à la procédure au pénal, elle semble elle aussi en panne. « Au bout de deux ans, indique M. Teissonnière, on en est encore au stade de l’enquête préliminaire, qui normalement dure trois ou quatre mois. Or, ce n’est pas une affaire très complexe. Avec la reconnaissance en accident du travail, le rapport de l’inspection du travail, etc., il y a suffisamment d’éléments qui montrent qu’il s’agit d’une affaire sérieuse. »

Pour lui, qui intervient dans d’autres affaires de ce type, chez France Télécom notamment, cette situation n’est pas due à une complicité entre la justice et les employeurs. « Culturellement, les parquets ont du mal à concevoir que des chefs d’entreprise puissent être des délinquants. » La délinquance supposée de La Poste étant de ne pas « avoir protégé la santé de mon mari comme l’y oblige la loi », estime Mme Choffel.

M. Choffel s’est suicidé alors qu’il était en arrêt de travail pour un burn-out depuis trois semaines. Dans un contexte de réorganisation, « il a occupé trois postes simultanément » durant les trois derniers mois de sa vie et avait perdu « 18 kg », indique son épouse. Malgré son arrêt, ajoute-t-elle, La Poste le sollicitait encore fréquemment par des appels téléphoniques et des mails.


http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/04/03/suicide-a-la-poste-une-prime-d-interessement-mais-toujours-pas-de-procedure-judiciaire_4609350_3234.html

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents