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Justice : le procès un peu timbré d'une filiale de La Poste

Publié par loulou sur 11 Novembre 2015, 17:58pm

Catégories : #filiale Poste

Justice : le procès un peu timbré d'une filiale de La Poste

L'entreprise préférée des Français collecte discrètement leurs données personnelles et règle ses comptes avec d'anciens dirigeants. Ambiance.

Vendredi 6 novembre, ambiance électrique au tribunal de commerce de Paris. Une dizaine d'avocats, dont certains sont issus des plus grands cabinets d'affaires de la capitale, se massent devant le bureau du président du tribunal. En cause : une bataille de gros sous entre Mediapost, une filiale de La Poste chargée du marketing du groupe, et les actionnaires minoritaires de Mediaprism, une société de collecte de données personnelles que La Poste a avalée en 2011. Depuis des années, l'entreprise préférée des Français ne se contente en effet plus de distribuer du courrier à votre domicile. Elle collecte tout un tas de data (composition du foyer familial, niveau de revenus, etc.) grâce à sa propre expertise et des entreprises (e-commerçants, médias, etc.) et associations partenaires, comme le Secours islamique ou Médecins sans frontières.

« Dans sa base, 40 millions d'adresses postales, 26 millions d'e-mails, 19 millions de numéros de téléphone », indiquait ainsi début octobre l'équipe de Cash Investigation , dans un reportage consacré à la vie privée et diffusé sur France 2. Objectif ? Revendre aux enseignes et à la grande distribution des données en « quantités industrielles ». Interrogé par l'équipe de Cash, un ancien salarié témoigne : « 200 000 personnes qui veulent acheter des voitures dans les trois prochains mois et qui ont une famille avec des enfants pour les mettre dans la voiture ? Bah ça, je vous le trouve dans le quart d'heure. » Loin de l'image du facteur sur sa bicyclette, n'est-ce pas ?

« Ne pas croire aux promesses de La Poste »

Cette base de données monstrueuse et fort lucrative, La Poste la doit en partie à Mediaprism, dont elle avait acquis 80 % du capital en 2011 pour 15 millions d'euros. Les deux actionnaires et fondateurs de la boîte, Frédérique Agnès et Éric Depoorter, avaient conservé 18 % du capital et avaient été nommés directeurs généraux dans la foulée. Du moins jusqu'à ce que le résultat d'exploitation de Mediaprism s'effondre subitement fin 2013, et que Mediapost débarque ses deux DG en janvier 2014. Frédérique Agnès n'a jamais digéré : « À La Poste, c'est la culture du papier qui prévaut. Le groupe n'a pas su prendre le virage du numérique et n'a pas réussi à nous intégrer. C'est un immense gâchis. J'ai fait une erreur, je ne peux m'en prendre qu'à moi. Mais si j'ai un conseil à donner aux start-up, c'est de ne pas croire aux promesses de La Poste. » En décembre 2013, comprenant que le vent est en train de tourner, le couple Agnès-Depoorter dénonce publiquement le « pillage » et la « cannibalisation » par La Poste de leur portefeuille clients. La guerre est déclarée. Au pénal comme au tribunal de commerce, les assignations pleuvent. Le déballage est violent.

Le couple Agnès-Depoorter réclame à La Poste plus de 16 millions d'euros pour détournement du fonds de commerce et des centaines de milliers d'euros pour atteinte à leur image commerciale. Une manœuvre « lamentable », fustige du côté de La Poste Me Thierry Marembert, pour qui les époux Agnès-Depoorter sont des « millionnaires, experts en manipulation et en chantage judiciaire ». L'avocat ajoute que le couple exerce une « pression morale » et juridique « insupportable » sur des membres du comité exécutif de La Poste, pour forcer le groupe à acquérir les 20 % du capital restant « à un prix sans lien avec leur mérite ». La Poste va plus loin et produit des factures censées prouver que Mediaprism a caché, lors de son rachat, des arriérés de paiement qui plaçaient l'entreprise dans une situation de déficit. Des « faux grossiers », rétorque Frédérique Agnès, qui s'attache les services de Me Maisonneuve pour déposer au pénal une plainte pour « faux et usage de faux », « abus de confiance », « présentation de comptes infidèles » et « escroquerie ». Ce à quoi La Poste répond par une plainte pour « dénonciation calomnieuse ». L'engrenage est sans fin.

« Préparez-vous à la bagarre ! »

Les deux parties s'envoient des huissiers à domicile et répondent à cette désagréable visite par des mains-courantes au commissariat pour « violences morales ». La Poste accuse Frédérique Agnès et Éric Depoorter d'avoir quitté leurs bureaux en emportant avec eux des documents essentiels au bon fonctionnement de l'entreprise. Le couple affirme que leurs comptes en banque sont espionnés, que leur courrier ne leur parvient plus et que des échanges privés sur leur boîte mail ont été épluchés par leurs adversaires.

Prochaine étape de cet interminable conflit lors d'une audience devant le tribunal correctionnel fin novembre, durant laquelle la justice devra examiner l'affaire des fausses factures. Sur le fond du litige commercial, un délibéré est attendu à la mi-janvier, avant un éventuel appel. Une rude bataille, donc, qui n'est pas près de s'achever. En 2011, avant que le litige éclate, Éric Depoorter avait manifesté son mécontentement dans un e-mail adressé à ses supérieurs, qu'il avait conclu en empruntant quelques paroles de Starmania et de Daniel Balavoine : « Quand on arrive en ville / le soir on change de peau / et on frappe au hasard / alors préparez-vous à la bagarre. » Prophétique.http://www.lepoint.fr/justice/justice-le-proces-un-peu-timbre-d-une-filiale-de-la-poste-10-11-2015-1980442_2386.php

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