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Un an après « l’affaire de l’AVC », un rapport accablant pour La Poste

Publié par loulou sur 19 Septembre 2017, 08:44am

Catégories : #souffrance au travail

Victime d’un AVC en février 2016, Émeline B. a intenté un procès contre trois encadrants du centre de tri de Villeneuve-d’Ascq, à qui elle reproche d’avoir tardé à appeler les secours. Alors que les suites judiciaires piétinent, un nouvel élément pourrait étayer le dossier de la défense. Un an après que la jeune femme a révélé ce qui lui est arrivé, des psychosociologues tirent la sonnette d’alarme sur le fonctionnement de cette plate-forme.

Embauchée en CDD au sein du centre de tri de Villeneuve-d’Ascq, Émeline B. a fait un arrêt vasculaire cérébral le 19 février au matin. Quand exactement  ? On ne le sait pas avec précision. Toujours est-il qu’avant de quitter son domicile, se sentant très faible, la jeune femme avait appelé son supérieur. Mais celui-ci avait insisté pour qu’elle vienne travailler. Émeline avait rejoint la plate-forme. Mais alors que son état empirait, les secours n’avaient été appelés que trois heures après sa prise de poste.

À l’époque, la jeune femme n’avait pas ébruité l’affaire. Émeline n’en avait parlé que huit mois plus tard, par solidarité avec le salarié et représentant du personnel, qui s’était alarmé de son état au moment des faits, et qui depuis, avait eu maille à partir avec sa hiérarchie. Il y a un an, l’affaire avait créé un vif émoi, parmi les postiers mais pas seulement. Des langues s’étaient déliées, et le centre de tri s’était mis en grève le 15 septembre.

Actuellement en fin de grossesse considérée « à risques », du fait des conséquences de l’AVC, contrainte de prendre un traitement à vie, Émeline poursuit trois des encadrants pour non-assistance à personne en danger. Elle a aussi recours aux prud’hommes. Rappelons que l’inspection du Travail a également saisi le procureur de la République.

La plainte au pénal de la jeune femme a été classée sans suite cet été. Mais l’instruction a-t-elle pu être menée correctement, alors que la majeure partie des cadres présents le 19 février ont été mutés et que les membres du CHSCT ont été, d’une façon ou d’une autre, écartés du site ?

Rapport accablant

Quoi qu’il en soit, ce classement sans suite est « complètement anormal  » pour l’avocat de la jeune femme, Me Loïc Bussi. Le conseil parisien va déposer une plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d’instruction de Lille, ce qui lui assure une relance de l’affaire et la garantie d’accéder à tous les documents. Mais alors que Me Bussi s’apprête à enclencher cette procédure, un nouvel élément pourrait étoffer son dossier. En octobre 2016, le CHSCT avait demandé qu’une expertise soit menée par un cabinet spécialisé dans les risques psychosociaux. Et le rapport fourni par le cabinet Cateis est particulièrement accablant.

Il évoque d’abord un recours excessif aux CDD, soumis à forte pression, parfois rappelés sur leur RTT, envoyés sur le terrain sans formation, ni accompagnement. Sur fond de profonde restructuration à La Poste, s’accompagnant de fonte des effectifs, ce recours aux précaires se pratique dans d’autres établissements. Mais ici, il ne serait même pas conforme au process du groupe.

Les experts évoquent aussi des pratiques managériales « maison » qui peuvent être vécues par des agents comme une forme de persécution. Rédigé au terme de 45 entretiens, fort de près de 70 pages, ce rapport devait être présenté au CHSCT du 5 septembre. Il ne l’a pas été. Contactée ce lundi, la direction de La Poste déclare «  en avoir pris connaissance  » et qu’il fera «  l’objet d’un CHSCT exceptionnel début octobre. Ce document sera partagé avec les membres du CHSCT afin de l’analyser. Cette expertise a été lancée en octobre 2016 pour des faits qui se sont déroulés, notamment, en février 2016. Depuis, l’établissement a recruté 32 facteurs en CDI. Un plan d’actions dans le domaine de la formation est en place. À ce jour, plus de 70% des facteurs ont reçu une formation ».

« D’un coup, je suis devenu le pire des directeurs... »

Appelons-le M. Li. Il a pris la direction du centre de tri le 3 octobre 2016. Contractuel depuis 2002, ingénieur de formation, il avait déjà dirigé des établissements de La Poste, à Rouen et à Paris, où il assure avoir eu de bons rapports avec les partenaires sociaux. Quand il arrive à Villeneuve-d’Ascq, où une réorganisation est effective depuis le 22 mars, la plate-forme est sous tension, évidemment. Très vite, le quinquagénaire dit avoir remarqué «  une organisation et une gestion anormales », des postes manquants notamment. Le 18 octobre, il en alerte sa direction. Il réiterera cette démarche par la suite.

Dans le même temps, il met en place un plan d’évolution et décide d’actions urgentes. Mais en février, une altercation violente l’oppose à un membre du comité de direction, au sujet de l’embauche d’un CDD. Interrogé sur cet épisode le 17 février, accusé de harcèlement et d’avoir tenu des propos inadéquats, il est démis de ses fonctions dix jours plus tard.

À Lesquin, un local sans toilettes

Le 9 juin, il est convoqué à un entretien préalable à licenciement. Des témoignages à charge seront rédigés... postérieurement. Le 19 juin, il passe en commission de discipline à Paris et est licencié pour faute grave le 25 juillet. «  On peut évoquer des erreurs de débutant. Mais j’avais 15 ans de service, sans anicroches. D’un coup, j’étais devenu le plus mauvais des directeurs. Mais pouvais-je rester sans rien dire alors que les facteurs de Lesquin ont un local de repli sans toilettes  ? Qu’à Wavrin, le courrier est à venir chercher dans un local poubelle ?  »

M. Li, qui a eu le temps de réinjecter de la masse salariale, estime avoir été «  victime d’un système pervers qui l’a détruit en cinq mois de temps  ». Suivi psychologiquement, il a décidé de porter plainte pour licenciement abusif, harcèlement et discrimination.

http://www.lavoixdunord.fr/220152/article/2017-09-18/un-apres-l-affaire-de-l-avc-un-rapport-accablant-pour-la-poste

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